Le Sieur Fauderche de La Franchouille préconise le rétablissement du droit de vote censitaire à la mode qui arrange le mieux le business républicain de nos chers maîtres, patriotes ô combien! désirant étendre leur droit de scrutin à hauteur du butin que permet d'espérer l'extension de l'influence électorale du portefeuille foncier de la magouillocratie dont s'enorgueillit à si juste titre notre cher pays!
Il va sans dire que je suis pour. Ne possédant pas grand chose cela m'évitera de me déranger pour ce qui ne me concerne pas, sachant d'ailleurs qu'il n'en manque pas, autour et alentour, pour foutre sans moi le bordel qui leur va. Je conseillerais même de pousser la logique jusqu'au bout et d'accorder à chaque suffrage, et pas seulement pour les élections municipales, une importance proportionnelle à son patrimoine afin que les êtres exceptionnellement supérieurs, à qui nous confions notre destinée pour qu'ils nous le fassent déplorer à longueur d'année, jouissent enfin de la démocratie que la prévaricratie mérite à un tel point!
Tant et si bien qu'y repensant soudain je m'explique aisément que, depuis le temps que s'enfilent les brochettes de crétins assermentés ayant fait leur apostolat d'empêcher leurs compatriotes de respirer, c'est toujours plus rarement qu'ils nous laissent le loisir de les oublier, et à profusion la liberté de faire le plein de regrets que pour l'éternité cela doive se passer ainsi et autres aménités qu'il vaut mieux ne pas mentionner au cas où quelque loi l'aurait interdit sans daigner m'en aviser, autre rareté!

Or s'il n'est pas nouveau que le Marquis des Abattis aime à faire bombance, il faut bien reconnaître que la république en berne a poussé l'art de s'empiffrer dans ses retranchements les plus considérables et on doit pouvoir déduire d'une telle prédisposition à la médiocrité, que ce ne peut être le résultat des seuls aléas de la reproduction sexuée mais plus probablement le but que convoitent les exigences notariées qui fondent la grandeur de la république. Car, si les minables en exercice le sont au point que certaines classes moyennes commencent de s'en apercevoir, comment négliger l'hypothèse, inévitable au pays de l'andouillette, qu'ils furent encouragés sur cette noble voie par une parentèle préparant depuis longtemps une telle apothéose de civilisation, l'arrogance disputant au ridicule et à l'ignominie... les lauriers de la vulgarité? Que nenni! La palme de la dépravation.

C'est tout moi, pour un rien je m'emballe... je disais donc, ou ne disais pas, que j'avais depuis, depuis que je me délecte de mes imprécations, j'avais par les cheveux tiré cette conclusion que, concerné ou pas par les délires immobiliers d'une meute de crétins, je ne serai jamais suffisamment négligeable pour être laissé tranquille, ignoré de leur domination splendide à laquelle manque toujours quelque miette dont la tragique absence met ignominieusement en péril tout un édifice dont on connaît l'insatiable désir de stabilité, toujours en quête de l'ultime dernière parcelle de pré carré sans laquelle s'affolent les marchés qui en perdent leur ineffable rationalité.
Ainsi, quoique je regrette moult amèrement devoir me pencher sur le spectacle répugnant offert par l'élite des vendus, je ne puis hélas me désintéresser autant que je le souhaiterais de ce bouillon d'inculture empoisonnée que l'on prépare à nos enfants... ne serait-ce que pour avoir eu le déplaisir de goûter ma vie durant, en avant-première, au paradis que nous mijotent les laboratoires de notre pourriture de bourgeoisie, et dont je ne saurais trop recommander à mes compatriotes la consommation immodérée afin qu'à brève échéance des hordes de zombies assoiffés de sang crient avec moi, vengeance! et montent à l'assaut d'un monde qui se réjouit de semer la misère et le désespoir puisque c'est rentable.

Je disais, ou pas, qu'il faut que j'arrête de me plaindre de ne pas pouvoir voyager car, grâce aux efforts admirables de nos leaders vénérés, l'exotisme auquel je n'ai pas accès, les paradis tropicaux en vain désirés, c'est eux qui viennent maintenant me visiter, apportant à mon domicile la chaleur moite des républiques bananières et la libération de notre atavisme élémentaire dans la jungle primordiale à laquelle soi-disant aspirent les preux chevaliers de la veulerie libérale franco-française. Je disais... je disais... foin des boucs émissaires, le temps est venu des victimes expiatoires!

La France, ai-je entendu dire, culpabiliserait d'avoir coupé la tête de son roi aux temps héroïques de la révolution. Et j'ai même entendu certains avancer que pour expier cette ignominie la meilleure preuve de repentance, devant l'histoire et la communauté internationale, serait de guillotiner un président. Ou deux, ou trois; depuis 1793 ça en fait des intérêts composés! Et les économies qu'on ferait!

Absurde!

S'il n'est plus à prouver que nos aïeux n'étaient pas aussi uniformément Gaulois que le voulait certaine habitude de pensée, il serait temps quand même que l'on reconnaisse que les ancêtres de nos actuels maîtres étaient Francs, venus d'outre-Rhin, salauds d'immigrants. Francs, complètement. Ce que l'on observe sans peine chez leurs descendants qui se font appeler "Nos élus" par les électeurs, "vos représentants" par les journalistes et "leurs" parlementaires par les étrangers. Nos, Vos, Leurs par tout le monde en somme!"