Inspiré par un best-seller américain du siècle dernier: 'Comment se faire des amis et influencer les gens', voici ma participation citoyenne au Grand Débat auquel nous sommes conviés par les consultants en communication de la marque France, contribution qui peut se résumer en anglais par un sigle, GFY, dont je laisse à chacun le soin d'imaginer ce qu'il contient d'intelligence, de subtilité et de maîtrise des canons les plus exigeants de la prose interlope de la startup nation.

Éloge de la Haine

Haine, je te révère, ma religion du bonheur d'exterminer.
Que de vilenies sont commises contre toi cher sentiment où couve l'espérance de la douce et cruelle rétorsion. De quels parangons de vertus crapuleuses es-tu à nouveau la victime, chère détestation?
Contre l'amour dont m'inondent les abysses étincelant de sentiments élevés par myriades, venez à moi exécration, aigreur, venin, bercez mes jours de l'espoir d'agripper les gorges, de déchirer; enchantez mes nuits des vengeances rêvées qui cheminent sans trêve jusqu'à l'aube sanglante des rétributions inextinguibles.
Ma haine, que je t'aime, et comme les lois qui s'acharnent sur toi savent te revigorer; comme le mépris te va bien, que t'inspirent les nains moralisateurs dégoulinant d'idéaux enchantés, les grandes âmes boursoufflées d'altières intentions à peu de frais. Tous ces homuncules d'une tolérance tatillonne à l'égard des mécréants qui ne brident pas avec assez d'ardeur leur désir délétère.
Rancune, fureur, fiel, venez annihiler la peur, déchaîner la férocité pour faire barrage au déluge de grandiloquentes âneries qu'à longueur de temps nous assènent ministres et députés, le Sénat et l'Élyzée, toutes les âmes fortes et leurs cohortes de crapules distinguées qui infectent, qui mutilent, mais s'émeuvent encore du malheur des vitrines.
À voir l'hommage incessant rendu à la dépravation par des automates corrompus jusqu'à la moëlle, à les voir décider du degré de stagnation qu'il convient d'infliger à l'humanité, à savoir au-delà du moindre doute que tant de vertu inquiète s'y entend, pour calmer ses angoisses, à rougir le pavé, Haine fais ton oeuvre de silence.

Absurde!

S'il n'est plus à prouver que nos aïeux n'étaient pas aussi uniformément Gaulois que le voulait certaine habitude de pensée, il serait temps quand même que l'on reconnaisse que les ancêtres de nos actuels maîtres étaient Francs, venus d'outre-Rhin, salauds d'immigrants. Francs, complètement. Ce que l'on observe sans peine chez leurs descendants qui se font appeler "Nos élus" par les électeurs, "vos représentants" par les journalistes et "leurs" parlementaires par les étrangers. Nos, Vos, Leurs par tout le monde en somme!"