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Avec mes remerciements à Manuel Valls dont les banderilles inspirées de ces jours-ci (février 2019) m'ont permis de battre le rappel de quelques impatiences qu'il m'avait provoquées quand ses éructations valait parole d'évangile auprès de députés avides des éternelles vérités inscrites dans la salive d'un tribun d'une rationalité à la pointe du cartésianisme, au faîte de son style, qu'Emmanuel Macron vient remercier, le jeune premier pardonnant le moins jeune second de l'avoir morigéné quand il fut ministre de l'économie de ce dernier, destiné à rester second, les deux faisant la paire qui sait à merveille allier l'hystérique à l'étriqué.

2016 - Antisioniste et populiste, donc antisémite!

Il ne faudrait pas vieillir, découvrir en soi avec le temps ces tendances mesquines dont on s'était cru jusqu'alors préservé, indemne, l'antisémitisme par exemple.
Toute ma vie j'ai entendu parler des camps de la mort, des fours crématoires, de ce que l'homme est prêt à infliger à son prochain pour les plus futiles raisons. Leur soi-disant race. Ou leur religion. Ou son absence. Ou la pigmentation, ou autre chose. Donc antisémite, moi? Que nenni, jamais de la vie!
Hélas je me trompais, comme quoi rien n'est jamais gagné!
C'est le premier ministre qui me l'a appris, comment ne pas le croire? Un si haut personnage! Dans la force de l'âge, intelligent. Pénétré des responsabilités de sa charge, compétent. Épris des valeurs de la république, amoureux de la France. Si je ne peux pas croire ce qu'il dit, à qui m'en remettre? À son président?
J'avoue que je ne suis pas sûr d'avoir tout suivi de ses explications, trop subtiles peut-être?

D'abord il a posé le problème: 'L'ennemi car nous sommes en guerre, l'ennemi c'est le terrorisme islamiste, c'est le Jihadisme'. 'Pour ces ennemis qui s'en prennent à leurs compatriotes (...) il ne peut y avoir aucune explication qui vaille car expliquer c'est déjà vouloir un peu excuser'. Monsieur le Ministre, on le voit, a bien profité des leçons de l'histoire et on peut avoir confiance qu'à suivre son panache la France trouvera la voie de sa grandeur, revue et corrigée par un esprit de grande qualité; Sun Tzu n'a jamais dit que connaître son ennemi est un principe élémentaire de 'L'art de la guerre' et le ministre de la culture, de l'éducation, du commerce ou de l'industrie ne l'a pas informé qu'aprés 25 siècles son ouvrage reste un succès de libraire aux Zétazunis parmi ces entrepreneurs que tant il admire... et dont à aucun prix il ne voudrait que soit compromis l'empire, ce pourquoi il nous prêche les vertus de l'ignorance? Quelle belle confiance dans le génie de la langue française que refuser d'en user pour exposer ce sur quoi se fondent les actions de son ministère. Ne rien expliquer pour mieux persuader qu'on a tout compris. Quels capitaines sait se choisir notre beau pays!
Il a aussi énuméré les priorités de son action: 'L’année 2015 a été une année horrible pour les Juifs, pour les journalistes, pour les policiers et finalement pour tous les Français'. Finalement. Ce qui m'a permis de mieux comprendre la place que j'occupe dans les préoccupations du gouvernement. Ces socialistes quand même, quels garnements!
Ayant surmonté sa colère, il a vigoureusement renouvelé ses interrogations: 'Rien ne peut expliquer que l’on tue à des terrasses de cafés! Rien ne peut expliquer que l’on tue dans une salle de concert! Rien ne peut expliquer que l’on tue des journalistes et des policiers! Et rien ne peut expliquer que l’on tue des Juifs! Rien ne pourra jamais expliquer!'
Rien ne pourra jamais rien expliquer. Je remercie le ministre de me l'avoir remémoré, cela m'aidera peut-être à comprendre ce rien qui rien n'explique et que je ne conçois nullement, n'ayant pas une eu une éducation de ministre.
Ensuite il fait un bref, mais nécessaire, rappel historique: 'L'antisémitisme, qu'il vienne de l'extrême droite ou de l'extrême gauche, qu'il vienne du fond des âges ou aujourd'hui d'une partie de la jeunesse de nos quartiers doit être combattu avec la même détermination' (...) 'l'antisémitisme qui est toujours là, toujours virulent, charrié à longueur d'écrits, de déclarations (...) il est là dans cette détestation compulsive de l'état d'Israel. Comment pouvons-nous accepter qu'il y ait des campagnes de boycott (...)'. La 'détestation compulsive de l'Etat d'Israël'. Cicéron aide-moi; comment mon opinion mesquine saurait-elle résister à une argumentation aussi persuasive? Comment ne pas faire nôtres les opinions de Monsieur le Ministre puisqu'il nous l'intime? Est-il besoin d'autre assurance sur le bien-fondé de nos choix que son caprice?
Comment ai-je pu une seconde croire qu'il existait la moindre différence entre antisionisme et antisémitisme? Comment ai-je pu m'imaginer qu'à Gaza c'est de nettoyage ethnique qu'il s'agit, un cauchemar organisé. Pas du tout, c'est un parcours de santé. Croire bêtement que des auteurs Juifs comme Ilan Pappé (Le nettoyage ethnique de la Palestine), Max Blumenthal (Goliath: Life and Loathing in Greater Israel), Shlomo Sand (Comment j'ai cessé d'être juif), Norman Finkelstein (L'industrie de l'Holocauste : réflexions sur l'exploitation de la souffrance des juifs), savent ce qu'ils disent, quand ils parlent en Israel d'un régime pire que celui de l'Afrique du Sud d'avant 1991, état avec lequel, quand la communauté internationale le condamna pour faits d'apartheid, Israel sut conserver des liens, des liens certainement rémunérateurs: c'est des Juifs aprés tout, leur réputation c'est qu'ils savent compter. Mes Juifs à moi, par contre, ils ne comptent pas. Comme je suis antisémite je sais maintenant que ce sont des Juifs mécréants à qui l'on ne peut se fier, pas besoin de les lire pour m'en assurer, des traîtres prêts à toutes les bassesses pour obtenir mon assentiment de Français qui n'avait pas pigé que 'La flamme du judaïsme est l'âme de la république'. Mais quelle tare ce type!
Ce que je le sais hélas! ce que mes Juifs valent, étant moi-même jusqu'au trognon l'antisémite grognon que d'autres savent; mais je n'en déclare pas moins que ce sont ces Juifs là, et pas les autres, qui sont aussi, qui ne sont pas les seuls à être, l'âme de la république, pas ceux de M.Valls, les pas rigolos qui pourchassent les comiques, pas les Netaniahu et autres pères fondateurs de même acabit qui accomplirent destruction et massacre chez les Palestiniens en 1947 et y ont pris goût depuis; pas davantage les zélotes d'Amérique, tout droit venus de l'Ivy League en passant par Wall Street.
Au nombre de mes Juifs, d'ailleurs, je compte une silhouette échevelée, prénommée Albert, apatride migrateur qui en fit plus contre l'antisémitisme en son temps que n'en fera jamais Monsieur le Ministre, Duc des Postillons, dussions-nous ad vitam aeternam, sans la moindre rémission, supporter ses sermons. L'entendre à jamais vociférer pour convaincre qu'il sait ce qu'il fait et qu'il nous a si bien compris qu'il est certain de n'avoir rien à nous expliquer sachant que comme lui nous savons tout avant que l'on ne nous ait rien dit.

Les Juifs s'en vont, dit Monsieur le Ministre, ils partent pour ne plus vivre dans la peur. Moi c'est pareil! D'ailleurs je n'ai pas peur de le dire, je suis terrorisé. Comme le disait Eleanor Roosevelt qui en avait persuadé le président son mari, on a bien le droit de ne pas l'être, effrayé, le droit de ne pas vivre dans la peur des terroristes sans uniforme et des talibans en costume croisé, libre des sadiques de l'enveloppe à fenêtre. La lèpre de nos vies dans ses bureaux climatisés... serais-je en train de m'égarer? Je dois être Juif parce que ça fait une paye que je ne me sens plus compris, que je ne me sens plus à ma place et de moins en moins en sécurité dans cette nation de fondamentalistes de toutes les confessions!
Juif. Sans compter qu'il n'est pas impossible que je le sois, et par ma mère en plus; et Arabe par mon père, qui sait? C'est dire que je suis sémitiquement tracassé, sans passer par la banque, hélas! Mais ne le répétez pas, de quoi aurais-je l'air? Un nez crochu pile au milieu de la figure d'un antisémite honteux tardivement conçu?
Et donc ils s'en vont. Je dois les plaindre? Sans déconner? Moi je trouve qu'ils ont de la chance et j'aimerais bien pouvoir en faire autant, ailleurs qu'en Israël tout de même, parce que ce n'est pas forcément pour un antisémite le meilleur endroit où aller se relaxer; pour un anti-clérical non plus, qui apprécie peu religieux réactionnaires ou mafias corrompues qui abondent à domicile.
J'aimerais tant les laisser loin, si loin. Mais je ne peux pas... les responsabilités c'est comme ça. Que ferait sans ma clientèle le supermarché? De qui vivrait mon médecin? Et mon préfet, et mes gendarmes, comment feraient-ils pour me protéger?
Il n'a pas dit que ça. Monsieur le Ministre a salué la communauté Juive de France, 'à l’avant-garde de la République et de ses valeurs, en affirmant 'Juifs de France, sans vous, la France n’est plus la France!' Puis il lui a transmis sa compassion pour '(...) cette angoisse immense, cette angoisse légitime [qui] ne doit plus jamais être sous-estimée...' Et se prenant au mot il ne se fit pas faute d'insister que 'sans les juifs de France la France ne serait pas la France', et que 'quand la France ne comprend pas les Juifs elle ne se comprend pas elle-même'. Platitudes comme le ministre vous aime!
Puis il a ajouté 'Car je l’ai dit avec mes mots, avec mon cœur, avec mes tripes, et je ne cesserai de le répéter parce que c’est une conviction profonde: sans les Juifs de France, la France ne serait pas la France!' C'est donc grâce à eux qu'elle est ce qu'elle est? Bigre. Depuis quand est-ce le cas, devrais-je pour de bon réviser mes inimitiés?
Oncques ne pas oublier non plus que sans les Catalans de France celle-ci compterait un débile de moins, dont heureusement les informations, les miennes voyons, pas celles d'un ministre, ne peuvent qu'être sujettes à caution, à ne considérer qu'avec des pincettes pour ne point se souiller la raison. Ça tombe bien. Sinon il me faudrait croire que Monsieur le Ministre approuve que l'on maintienne toute une population sous couvre-feu à longueur de temps, qu'on lui interdise l'accés aux hopitaux quand cela convient au maréchal des logis de garde, que l'on passe ses vergers au bull-dozer, que l'armée imprègne ses maisons de liquides nauséabonds ['skunk water'].
Il me faudrait penser que le premier ministre de l'état de droit que prétend être la France trouve naturel qu'Israel ignore les résolutions de l'ONU condamnant l'occupation des territoires Palestiniens... voilà qui augure amplement des plaisirs que nous mitonne la mondialisation de l'état de droit en question, digne héritier des lumières relookées sur Sunset boulevard, les feux de la rampe illuminant notre siècle tout frais de clartés anciennes. Vivement le Moyen-Âge, que l'on se reprenne à espérer qu'un jour ou l'autre cela finira par cesser.

C'est une chance. Une vraie bénédiction que je réalise in extremis l'antisémitisme de mon opinion grâce aux objurgations de Monsieur le Ministre; sinon je devrais me sentir insulté par les accusations portées par un tel sage du haut de ses délires. Insulté par la manière cavalière qu'il a de représenter la rhétorique française, l'écume à la bouche, en analphabète débordant de fine verve.
En septembre 2012, à l’occasion du nouvel an juif, M. Valls, alors ministre en charge des cultes affirme que 'les Juifs de France peuvent porter avec fierté leur kippa', avant d’ajouter que 'l’attachement charnel des Juifs de France pour leur pays ne saurait évidemment empêcher que des liens les unissent à la terre d’Israël'.
Je ne nie pas que les Juifs de France devraient avoir le droit de porter en tous lieux avec fierté leur kippa, je suis absolument certain par contre qu'il est honteux que Monsieur le Ministre en arbore une dans l'exercice de ses fonctions de chef du gouvernement d'une république laïque, aussi longtemps en tout cas que des lycéennes musulmanes se verront interdire le voile à l'école.
Tant que les musulmans ne pourront pas éduquer leurs enfants comme ils le souhaitent, entendu par ailleurs qu'il faut protéger la jeunesse d'éducateurs obscurantistes, en attendant, je suggère que Monsieur le Ministre ne se pense pas au-dessus des lois et cesse de nous infliger sa nouvelle laïcité, à la sauce des Ramblas, qui pourchasse le voile, loue la kippa et encense les valeurs des saints pères de nos droits, les prophètes de la république, rabbins, curés, pasteurs, clergés immaculés, imams non mentionnés, encore quelque chose qu'il faudrait m'expliquer de plus prés, me déblayer l'ignorance, me livrer la science et le manuel de style qui conviendront à ma cécité.
Je me demande... si par une inexplicable indifférence à l'égard des problèmes réels ou supposés de la communauté Juive, je vantais haut et fort mon attachement inconditionnel à la communauté Asiatique, cela passerait-il pour de l'antisémitisme? Ou plus prosaïquement, pour de la bêtise?

Absurde!

S'il n'est plus à prouver que nos aïeux n'étaient pas aussi uniformément Gaulois que le voulait certaine habitude de pensée, il serait temps quand même que l'on reconnaisse que les ancêtres de nos actuels maîtres étaient Francs, venus d'outre-Rhin, salauds d'immigrants. Francs, complètement. Ce que l'on observe sans peine chez leurs descendants qui se font appeler "Nos élus" par les électeurs, "vos représentants" par les journalistes et "leurs" parlementaires par les étrangers. Nos, Vos, Leurs par tout le monde en somme!"