Comme la France serait une démocratie c'est peut-être une opinion qui devrait être démocratiquement admise qu'il est loisible à tout un de haïr comme il lui plaît; je me demande également si Hitler se retourne dans sa tombe à chaque fois que son Reich de mille ans sert d'épouvantail symbolisant toutes les turpitudes que la vile populace réserve en sa vindicte aux nobles représentants de nos élites raffinées rampart de la civilisation contre cette barbarie qui ne leur convient guère et souverainement leur déplaît. Nobles élites qui l'ont financé.
Ne sachant si j'ai comme d'autres le droit de détester comme il me plaît, je ferai comme certains, je ferai comme si je l'avais, car si je ne l'avais pas comment se fait-il que ceux-ci l'aient; car elles l'ont, ces nouvelles lumières, le droit de vitupérer leurs certitudes, de décréter devoir nous imposer leur vision qui ne supporte pas le doute et donc moi, le Nazi que j'imagine... mon Nazi des chaumières qui nourrit mes cauchemars vulgaires, mon SS préféré qui a volé ma liberté et souillé de son abjection mon existence entière, je suis raisonnablement sûr qu'il avait comme moi l'accent catalan et exerçait jovialement dans le midi, à l'abri de la préfecture, à l'ombre de la cathédrale, tout à côté d'un pensionnat pour jeunes filles convenables... où étaient instruites les volailles destinées à multiplier la valeureuse espèce des notables polissés spécialistes du viol prénatal en bande organisée.
Mon Nazi aux visages innombrables exerçait à l'ombre des platanes et parlait un peu du nez, manière qu'il légua avec son officine à un conseiller général et un banquier. Mon Aryen de souche, maître des ordonnances pour concoctions empoisonnées, comme son collègue n'était pas seul dans son quartier; tous agréés par de super-confrères ayant super mérité et s'apprêtant à super léguer à leur progéniture qui tant l'a mérité.
Transmis en priorité cet article de foi qu'il faut que d'autres qu'eux payent les pots qu'ils cassent.
Mon spécimen de race supérieure a une folle prestance, calé au mieux dans son laisser-faire de bureaucrate ne craignant pas de facturer à qui paye les pots que d'autres cassent la vigilance qui est son métier, quand il a le temps d'y penser entre deux formulaires garantissant l'impunité règlementaire et une grande moralité. Mes Nazis, à l'égal les uns des autres, qu'ils en aient hérité ou se le soient gagné à la force du poignet, ont ceci de commun en leur ministère, de sacristie en cabinets, de toujours savoir naviguer au plus près de leurs plus étroits intérêts, qu'ils désirent les transmettre ou préfèrent les flamber, quoiqu'il en coûte de souffrance et de misère à tous ces gens que l'on préfère plaindre quand ils se résignent, mais qu'il faut parfois se résoudre à réprimer s'il se trouve qu'ils méritent d'être méprisés.
Mes Nazis, les miens, de Piège Emploi en bloc opératoire, régisseurs de la purulente infection bourgeoise, se savent au-dessus de la triviale multitude qui est bien là pour qu'on la piétine puisque c'est à cela qu'elle est destinée. Hitler se retourne-t-il donc en sa tombe anonyme, ou se frotte-t-il les mains, ravi que ses héritiers soient aux commandes partout où il faut des leviers. Mille ans de plus, on sait jamais, c'est toujours bon à prendre.
Ce que j'ignore encore c'est si mon Polynazi était antisémite. Je ne sais déjà pas s'il portait une blouse ou un uniforme, s'il psalmodiait la Bible, le Talmud ou le Coran et ce n'est que bien plus tard que j'ai su qu'il parlait français puisque je n'étais pas né. Mais ce dont je suis sûr c'est qu'aucun de mes échantillons de peste brune n'a le moindrement l'allure d'un boxeur sachant boxer qui ne voterait pas comme il faudrait.

Absurde!

S'il n'est plus à prouver que nos aïeux n'étaient pas aussi uniformément Gaulois que le voulait certaine habitude de pensée, il serait temps quand même que l'on reconnaisse que les ancêtres de nos actuels maîtres étaient Francs, venus d'outre-Rhin, salauds d'immigrants. Francs, complètement. Ce que l'on observe sans peine chez leurs descendants qui se font appeler "Nos élus" par les électeurs, "vos représentants" par les journalistes et "leurs" parlementaires par les étrangers. Nos, Vos, Leurs par tout le monde en somme!"