Mai 2004: Réponse à l'appel des vétérans de la Résistance: Lucie Aubrac, Raymond Aubrac, Henri Bartoli, Daniel Cordier, Philippe Dechartre, Georges Guingouin, Stéphane Hessel, Maurice Kriegel-Valrimont, Lise London, Georges Séguy, Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant, Maurice Voutey

Chers aînés,
C'est avec un peu de retard que j'ai pris connaissance de votre appel qui devrait me parler à plus d'un titre.
Je me garderai de me classer parmi les 'créateurs' que vous interpellez; citoyen, cependant, j'ai quelques documents qui prouvent que je le suis -insuffisamment. Exploité? C'est une longue histoire qui n'intéresse personne, je ne vous la conterai pas. Humilié? Sans aucun doute; je me fais grâce des détails, je suis sûr que vous comprendrez.
Vous appelez à 'célébrer ensemble l'anniversaire du programme du Conseil national de la Résistance (C.N.R.) adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944'. Le 15 mars je n'ai rien fêté que la perte de mes indemnités de chômage; si je me souviens bien ce n'était pas gai.
Vous exhortez ensuite mouvements, partis, syndicats ... à se mettre d'accord! Serez-vous entendus? Y laisserez-vous la voix?
Vous appelez enfin tout un chacun, de tout âge, à 'une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse'.

Là je ne vous suis plus. D'ailleurs, en y regardant de plus prés, cela fait même un bout de temps que vous m'avez lâché.
Est-il vrai, comme vous le dites que la menace du fascisme 'n'a pas totalement disparu'? Je ne sais si vous cultivez l'euphémisme ou la litote mais à mon avis, depuis que les nazis furent vaincus, cette menace n'a jamais été plus présente qu'aujourd'hui. L'ANPE ce n'est peut-être pas tout à fait la Gestapo, mais 'pas tout à fait' cela signifie surtout: 'ne demande que l'occasion et s'emploie quotidiennement à la faire advenir'. Je vous suis de moins en moins. Vous demandez une insurrection pacifique: pourquoi 'pacifique'? Les nazis de votre époque comprenaient-ils les arguments pacifiques? Etaient-ils sensibles à la rhétorique humaniste?
Et cette insurrection pacifique doit être dirigée 'contre les moyens de communication de masse'! Vous pourriez préciser comment? En boycottant les programmes de télévision? Est-ce vraiment la stratégie que vous nous conseillez pour faire face à tous les fléaux que votre appel dénonce?
Dois-je comprendre que c'est ce que vous entendez par 'se consacrer en priorité aux causes politiques des injustices et des conflits sociaux, et non plus seulement à leurs conséquences'? Vous en connaissez beaucoup des causes qui ne sont pas 'partisanes ou instrumentalisées par un quelconque enjeu de pouvoir'? Devrais-je oublier les 'Francs Tireurs et Partisans'?
Est-ce que ces bondieuseries sont toute la réflexion que vous accordez aux souffrances de notre temps? Comptez-vous ne jamais voir s'éteindre la flamme de la Résistance avec ce genre de carburant?
Dans la chanson de votre jeunesse la paille servait d'autres plans.

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60e Anniversaire du programme du Conseil national de la Résistance (C.N.R.) adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944

Au moment où nous voyons remis en cause le socle des conquêtes sociales de la Libération, nous, vétérans des mouvements de Résistance et des forces combattantes de la France Libre (1940-1945), appelons les jeunes générations à faire vivre et transmettre l'héritage de la Résistance et ses idéaux toujours actuels de démocratie économique, sociale et culturelle. Soixante ans plus tard, le nazisme est vaincu, grâce au sacrifice de nos frères et soeurs de la Résistance et des nations unies contre la barbarie fasciste. Mais cette menace n'a pas totalement disparu et notre colère contre l'injustice est toujours intacte.
Nous appelons, en conscience, à célébrer l'actualité de la Résistance, non pas au profit de causes partisanes ou instrumentalisées par un quelconque enjeu de pouvoir, mais pour proposer aux générations qui nous succéderont d'accomplir trois gestes humanistes et profondément politiques au sens vrai du terme, pour que la flamme de la Résistance ne s'éteigne jamais :
Nous appelons d'abord les *éducateurs*, les mouvements sociaux, les collectivités publiques, les créateurs, les citoyens, les exploités, les humiliés, à célébrer ensemble l'anniversaire du programme du Conseil national de la Résistance (C.N.R.) adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944 : Sécurité sociale et retraites généralisées, contrôle des « féodalités économiques », droit à la culture et à l'éducation pour tous, presse délivrée de l'argent et de la corruption, lois sociales ouvrières et agricoles, etc.
Comment peut-il manquer aujourd'hui de l'argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes sociales, alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l'Europe était ruinée ?
Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie.
Nous appelons ensuite les mouvements, partis, associations, institutions et syndicats héritiers de la Résistance à dépasser les enjeux sectoriels, et à se consacrer en priorité aux causes politiques des injustices et des conflits sociaux, et non plus seulement à leurs conséquences, à définir ensemble un nouveau « Programme de Résistance » pour notre siècle, sachant que le fascisme se nourrit toujours du racisme, de l'intolérance et de la guerre, qui eux-mêmes se nourrissent des injustices sociales.
Nous appelons enfin les enfants, les jeunes, les parents, les anciens et les grands-parents, les éducateurs, les autorités publiques, à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation marchande, le mépris des plus faibles et de la culture, l'amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous. Nous n'acceptons pas que les principaux médias soient désormais contrôlés par des intérêts privés, contrairement au programme du Conseil national de la Résistance et aux ordonnances sur la presse de 1944.
Plus que jamais, à ceux et celles qui feront le siècle qui commence, nous voulons dire avec notre affection : Créer, c'est résister. Résister, c'est créer.

Absurde!

S'il n'est plus à prouver que nos aïeux n'étaient pas aussi uniformément Gaulois que le voulait certaine habitude de pensée, il serait temps quand même que l'on reconnaisse que les ancêtres de nos actuels maîtres étaient Francs, venus d'outre-Rhin, salauds d'immigrants. Francs, complètement. Ce que l'on observe sans peine chez leurs descendants qui se font appeler "Nos élus" par les électeurs, "vos représentants" par les journalistes et "leurs" parlementaires par les étrangers. Nos, Vos, Leurs par tout le monde en somme!"