La pauvreté mine l'espérance de vie des pauvres; désocialisation et solitude tuent. Les spécialistes l'affirment. La recherche le confirme. Les statistiques en font foi; les media prennent le relais, nous font part de cette triste vérité. On nous informe que l'épreuve de vivre nous sera abrégée. On nous vaccinera contre la tentation de lutter. A force de gentillesse bien dosée... Au jour le jour dans le comprenoir on te l'enfonce, à la vrille on t'en bassine. Arrivent enfin à la rescousse les philosophes pour expliquer pourquoi la résignation est tout indiquée.

J'en sais même qui outre leur misérable pauvreté, leur irrémédiable isolement, ont l'attrait supplémentaire d'être vieux et malades... mais quel tourment les guette! D'authentiques mort-vivants.
L'un d'entre eux pourtant me confiait avoir découvert l'antidote, l'universelle panacée, une de plus certes, mais vous pouvez être certain que son efficacité est prouvée bien au delà des précédentes, bien qu'elle ne soit guère nouvelle, à dire vrai; 'je suis con' m'a-t-il dit, voilà le remède, la connerie. Une potion pas chère, à la portée de quiconque par conviction ne tient aucun compte de ce qu'on lui conte. 'Moins couillon que moi tu meurs, il faut que tu te perfectionnes. Aiguise ta bêtise, cultive l'incompréhension. En quelque matière ignore de quoi il retourne avec obstination.'

Voilà. Depuis que la flamme pure de l'ignorance assombrit les ténèbres de mes afflictions, rien ne me paraît plus sûr que mon inspiration, libre de toute référence qui pourrait le moindrement laisser croire à quelque science de quelque sujet.
Foin de ma fin prochaine, c'est l'espérance de vie des riches qui à présent m'inquièterait presque si je ne me surveillais; comment la leur raccourcir, voilà la question. Il est bien clair que c'est une mauvaise idée, que personne de sensé n'entretiendrait de telles pensées. D'où l'intérêt; peu de concurrence, aucun risque d'aller piétiner les brisées voisines, comme de feuillées au vent tout un s'en écarte prestement.
Ce n'est pas que j'en veuille le moindrement à l'objectif de mes raccourcissements de cette pauvreté qui encourage la décroissance des espérances que je croyais pouvoir nourrir en matière de longévité, parce que si je leur en voulais pour de bon ça ne serait qu'un souci de plus et j'en ai bien assez comme ça. Et ce n'est pas seulement pour passer le temps, ainsi qu'il est mentionné plus haut, c'est ma religion qui le veut, l'exigence de perfectionner la bêtise jusqu'au plus bas niveau qu'elle saura atteindre pour retarder ma fin prochaine en me consacrant au projet le plus futile que je pourrais imaginer en attendant le Messie qui devrait se faire connaître sous peu si j'en crois certains augures qui m'ont affirmé qu'il parlait anglais.

Ils m'ont expliqué les tables de ses lois et celle que je préfère entre toutes y compris celles que je ne comprends pas, et l'on voudra bien croire que grâce aux efforts mentionnés plus haut le choix dans ce registre est vaste et diversifié, cette loi que je révère est celle, universellement admise, des Vases Communiquants et de leur Pression Atmosphérique qui fait que dans des récipients reliés par leur base, grâce à la proportionnalité de la pression hydrostatique le niveau des fluides tend à s'égaliser en fonction de leur homogénéité (à moins que la capillarité ne s'en mêle, inspirée par l'exiguïté de certains lieux), les parties les plus denses ne comprenant pas que si elles continuent de s'alourdir elles tomberont au fond et se feront ensevelir.
Que l'on ne vienne pas me dire que cette modeste citation n'est pas propre à inspirer les plus profondes cogitations, qu'elle ne s'applique point à notre temps, que ce dogme approuvé n'est pas digne de figurer dans un livre de principes métaphysiques, parabole annonciatrice des bouleversements à venir en son admirable ingénuité.
Ce que cela m'inspire en rapport avec mon passe-temps optimisé, la compression des catégories en fonction des circonstances, de la météo, ou pour tout dire du caprice de l'histoire qu'il me convient de conter, les hasards du scénario qui doivent tout à leur propre inanité et à la longévité suspecte de certains secteurs reconnus d'une transparence avérée par tous les temps, ce que cette loi révèle c'est que quiconque s'intéresse à la conservation des espèces conseillerait aux riches d'envisager un sérieux régime pour le bien de leur propre santé.
Et je me dis aussi que si on leur raccourcissait l'existence la mienne en augmenterait peut-être d'autant et aussi peu que ce soit... vous voyez ce que je veux dire.

Vous voyez aussi qu'il y a un problème, un obstacle évident, ces denses qui présentent pour l'espèce allégée un intérêt limité mais certain considéré sous l'angle du fumier, ces denses contemporains, comme leur prédécesseurs, refusent de se laisser ensevelir et réussissent à ne pas couler grâce à la flottabilité que leur procure leur portefeuille de valeurs qu'ils étalent au loin pour être sûrs d'être les seuls à en profiter. Or ces bulles qui privent les autres de lumière par la densité de leur légèreté, allégées à leur inimitable manière de tout ce qui fait la commune matière de ces autres qu'ils obscurcissent de leur mieux, ces denses ne sont pas bêtes.
Moi je me mets à leur place. Si je faisais partie de cette cinquantaine de personnes qui foulent, chacune, cinquante ou cent millions d'habitants de la planète, si j'étais à leur place je songerais à me protéger, juste en cas. Il y aurait même longtemps que je me serais rendu compte que le mieux c'est encore que le cas ne se pose pas et j'aurais étudié l'histoire pour savoir ce qu'il advint de qui n'avait pas su tirer les leçons de son propre passé. Je me méfierais.

J'embaucherais des soldats, des avocats, des hâbleurs, des ingénieurs et des sbires. Je ferais en sorte que ça dure le plus longtemps possible en coulant à l'avance tout ce qui pourrait m'empêcher de faire la planche en privé. Au soleil de mes illuminations je ferais chier le monde pour être seul à en jouir, je ferais comme font les monarques de notre belle époque et de toutes les époques, en quelque lieu des terres émergées, depuis qu'il y a des rois pour sacrifier des peuples sur l'autel de leur splendeur supposée.

Les Grandes Réformes de la Ve: Simplification du Code du Travail

Dialogue social: F... you!
A la demande du premier ministre le patronat fait un geste à destination de ses salariés et des travailleurs périphériques mal reconnus par le système d'exploitation.

Le ministre déclare et le cabinet confirme, l'académie ayant délibéré, que le dialogue social aurait dorénavant comme langue officielle le latin. Au syndicat de l'éducation s'inquiétant déjà de la pénurie de professeurs en cette matière qui risquait d'entraver le processus démocratique, le ministère fait savoir qu'une augmentation du nombre d'enseignants ne serait pas nécessaire, au programme des échanges n'étant inscrit qu'un seul mot en langue romaine: "Amen"

Absurde!

S'il n'est plus à prouver que nos ancêtres n'étaient pas aussi uniformément Gaulois que le voulait certaine habitude de pensée, il serait temps quand même que l'on reconnaisse que les ancêtres de nos actuels maîtres étaient Francs, venus d'outre-Rhin, salauds d'immigrants. Francs, complètement. Ce que l'on observe sans peine chez leurs descendants qui se font appeler "Nos élus" par les électeurs, "vos représentants" par les journalistes et "leurs" parlementaires par les étrangers. Nos, Vos, Leurs par tout le monde en somme!"

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